Gilles Legardinier

« L’âge est une façon d’envisager le monde, un moyen de se situer parmi les autres. Peu importe le nombre de bougies sur ton gâteau. Laisse-moi te confier ce que je crois. Tu resteras jeune tant que tous les ennuis que tu affronteras viendront des autres, de l’extérieur. Le jour où tu t’apercevras que ce que tu es devenu t’empêche de vivre comme tu l’entends, ce sera différent. Physiquement ou mentalement, tu toucheras ta propre limite. Tu ne seras plus uniquement au service de tes rêves et de tes envies. Tu deviendras aussi l’outil de tes besoins, de plus en plus immédiats. Jusqu’à n’être plus que cela. On est vieux quand on devient son propre ennemi. »

Quelqu’un pour qui trembler, Gilles Legardinier.

 

N’empêche quand tu m’as dit ça, j’ai compris quelque chose, celui qui meurt emporte un bout de ceux qui l’aiment avec lui, et c’est à ceux qui restent d’empêcher que tout ne parte avec.
-Avec ce qui m’arrive, tu ne t’es pas demandé ce que tu ferais, toi, s’il ne te restait que quelques mois? Crois moi c’est un bon moyen de savoir ce qui compte vraiment. Tu sais, Camille, ça me fais drôle de me dire que je ne vais pas me marier, que je ne pourrais jamais serrer mes enfants dans mes bras, je vois toutes ces choses que n’importe qui peut faire  et qui me seront interdites. C’est étrange. On se fait une idée de la vie. A cause de l’exemple des autres, des histoires que les livres, les films ou les chansons nous racontent, on s’imagine que cela nous arrivera un jour. On croit qu’on aura notre tour. Et tout à coup on t’annonce que le film va brutalement s’arrêter, que les deux tiers des pages vont être arrachées et que la chanson n’aura qu’un couplet. Noel dernier était certainement mon dernier Noel. Si j’avais su, j’en aurai profité davantage. Alors crois-moi, je ne vais plus perdre une minute.
-Chaque graine qui pousse est un miracle. De sa germination à sa maturité, elle est à la merci de beaucoup de dangers. Un oiseau peut la gober, quelqu’un peut marcher dessus, elle peut geler ou s’assécher parce qu’une plante voisine lui prend l’eau dont elle a besoin. Chaque arbre adulte est un rescapé chanceux face à tout cela. Je vous souhaite à tous de devenir de grands arbres majestueux. Mais vous, contrairement à la graine dans la forêt, vous avez la faculté d’agir, de choisir et d’évoluer. Ceux qui ont vécu avant vous, pour les plus nobles, ont permis cela en faisant évoluer leurs temps afin de rendre le vôtre meilleur. C’est aujourd’hui votre tour. Vivez, ayez votre âge, soyez fous, mais ne perdez jamais de vue la réalité. Je sais que ce n’est pas facile étant donné ce que l’on vous donne à voir, mais soyez plus forts que ce décor vulgaire qui vous cache la vraie vie. Ne gâchez pas ce temps qui vous est offerts et tâchez de survivre. C’est votre mission pour le moment. Ensuite, vous  vous choisirez vos engagements par vous mêmes.-Quand on a une mission, on est payés pour, objecte Théo.-Faux. Tes parents ne sont pas payés pour t’élever et c’est pourtant une vraie mission. Celui qui t’aide à trouver  ton chemin dans la rue, l’ami qui te console, la femme qui te supporte, tout ce qu’il y a de plus important dans la vie n’est jamais rémunéré. Elle est triste cette logique de contrepartie. Vous n’avez rien payé pour être vivants et vous l’êtes pourtant. Un jour, les plus humains d’entre vous découvriront que c’est une chance et que, littéralement, elle n’a pas de prix.
En attendant je vous invite sincèrement à vous interroger sur le fonctionnement du monde et de la place que vous souhaitez y tenir. Ne vous dites pas que ce dont nous venons de parler n’a rien à voir avec l’économie. Consommer, c’est choisir, c’est voter, c’est échanger son pouvoir avec ceux dont on devient dépendant. Exister, c’est savoir ce que l’on donne et ce que l’on prend. Il serait réducteur de ramener l’économie à une simple affaire de bénéfice ou de perte. La conscience et l’aptitude aux choix sont deux critères qui sous entendent tout ce que l’on fait. Méditez là dessus. Je suis là si vous avez des questions.
Si les doutes et les angoisses se vendaient, je serais milliardaire. Beaucoup de gens plus vieux disent
qu’être jeune est vraiment formidable. Du coup, je redoute un peu la suite, parce que si ne rien savoir, ne rien pouvoir et flipper pour tout c’est le bonheur, qu’est ce qui se passe après? Tout n’est quand même pas si noir, parce que je dois bien admettre que si les espoirs et les envies se vendaient eux aussi, alors je serais là encore super riche.
Et soudain tout change,Gilles Legardinier.
 Au dessus de ces empilements d’os et de crânes, était écrit: « J ‘ai été ce que tu es; Tu seras ce que je suis. » J’en suis
ressorti terrifié et je ne l’ai jamais oublié. Depuis, j’ai toujours regarder les vieux comme d’anciens enfants et les petits comme de futurs adultes. Chacun suit sa propre route, mais nous partageons quelques étapes.[…] Tout ce qu’un ancien puisse faire pour aider un jeune, c’est être honnête et lui dire le peu qu’il sait, même si son orgueil doit en souffrir. N’oublies jamais qu’un adulte n’est qu’un enfant qui a vieilli.                                                               

Complètement Cramé,Gilles Legardinier

« Elle avait un frère aîné, David. On était nombreuses à le trouver mignon. Le 6 Mars, un samedi matin, il s’est tué avec le scooter que ses parents venaient de lui offrir. La nouvelle nous a fait à tous l’effet d’un coup de poing en pleine figure.C’était la première fois que l’on perdait quelqu’un de proche, si jeune, si violemment. Ce fut le premier enterrement auquel j’ai assisté. Je n’oublierais jamais. Tous ces gens en noir devant le cercueil. Les larmes, cet insupportable sentiment d’impuissance, la découverte de l’infranchissable frontière entre l’avant et l’après.
Du jour au lendemain, la famille de Natacha s’est retrouvée détruite. Ils ont vécu l’absence, la culpabilité. C’est en les voyant que j’ai compris une chose essentielle: la mort se tient tout près de nous et elle ne manque jamais de saisir ceux qui passent à sa portée. Le perte de David nous a tous fait vieillir. En consolant Natacha pendant des heures, j’ai pris la décision d’aimer les gens tant qu’ils sont là et de leur dire ce que je pense tant qu’ils sont présents. Depuis je garde un sentiment d’urgence, une peur sourde la crainte que chaque au revoir puisse être un adieu. »

Demain j’arrête, Gilles Legardinier