John Green

« C’est la raison pour laquelle les gens finissent par se lasser d’écouter les largués raconter leurs malheurs: se faire larguer est prévisible, répétitif et ennuyeux. Les Largueurs veulent rester amis; ils ont l’impression d’étouffer, tout est de leur faute et pas de la vôtre; ensuite c’est vous qui êtes détruits et eux qui sont soulagés; pour les Largueurs c’est fini alors que pour vous, ça ne fait que commencer. »
« Pour Colin, le monde se scindait en deux catégories de gens en tout et pour tout: les Largués et les Largueurs.
Beaucoup prétendent être les deux, mais ils se mettent le doigt dans l’œil. On naît l’un ou l’autre. Il se peut que les Largueurs ne soient pas toujours des bourreaux des cœurs et que les Largués n’aient pas forcément le cœur brisé. Mais tout le monde a une tendance.
Colin aurait peut être pu s’habituer à l’essor, puis au déclin de tout relation. Finalement, quand on sortait avec quelqu’un ça finissait toujours de la même façon: mal. »
Le théorème des Katherine, John Green
On peut survivre à ces choses horribles parce que nous sommes aussi indestructibles que nous pensons l’être.
Lorsque les adultes disent avec un sourire imbécile et sournois: « Les adolescents se croient invincibles », ils ne se doutent pas à quel point ils ont raison. Inutile de perdre espoir car nous ne pouvons être brisés irrémédiablement. Nous pensons être invincibles parce que nous le sommes. Nous ne pouvons pas être nés ni mourir. Comme les énergies, nous changeons seulement de forme, de taille et de manière de nous manifester. Les adultes l’oublient en vieillissant. Ils sont gagnés par la peur de perdre et de décevoir. Mais cette partie de nous plus remarquable que la somme de nos parties n’a pas de commencement ni de fin, et par conséquent elle ne peut décevoir.
Alors je sais qu’elle me pardonne, comme je lui pardonne. Les dernières paroles d’Edison sont: » C’est très beau ici. » J’ignore où ça se trouve, mais surement quelque part et j’espère que c’est beau.
« Tout ce qui a été assemblé se désagrégera. » Tout. La chaise sur laquelle je suis assis a été assemblée et elle se désagrégera. Je me désagrégerai, sans doute avant cette chaise. Vous aussi. Les cellules, les organes, les systèmes qui vous constituent ont été assemblés, ont formé un tout, et donc se désagrégeront. Bouddha avait compris une chose que la science a été incapable de prouver au cours des millénaires qui ont suivi sa mort. L’entropie va toujours croissant. En clair, tout fout le camp. « On part tous. » me suis-je dit et cette certitude s’applique aux cheminées aussi bien qu’aux cols de cheminées, à notre Alaska qu’à la terre du même nom, parce que rien ne dure, pas même la terre. D’après Bouddha, la souffrance est engendrée par le désir. Par conséquent, la fin du désir signifie celle de la souffrance. Lorsqu’on cesse de vouloir que les choses ne se désagrègent pas, on ne souffre pas le jour où elle se désagrègent. Un jour personne ne se rappellera son existence, ai-je noté dans mon carnet. Puis j’ai ajouté: La mienne non plus. Car les souvenirs se désagrègent aussi. On se retrouve sans rien, pas même avec un fantôme, juste l’ombre de celui-ci. Au début elle m’avait hanté, elle avait même hanté mes rêves, alors qu’aujourd’hui quelques semaines après elle s’éclipsait, son souvenir se désagrégeant dans ma mémoire, et dans celle des autres, elle mourait une deuxième fois.
-Alors je suis retourné dans ma chambre et je me suis écroulé sur mon lit, en me disant que si les gens étaient de la pluie, j’étais de la bruine et elle, un ouragan.
-Pourquoi fumes-tu si vite? ais-je demandé.
Elle s’est tournée vers moi avec un large sourire, si large que sur un visage étroit il aurait pu paraître niais s’il n’y avait eu l’élégance indiscutable de ses yeux verts. Elle souriait avec le même ravissement qu’une enfant
le jour de Noel.
-Vous fumez par plaisir. Moi, c’est pour mourir.
Qui es-tu Alaska?John Green