Anna Gavalda

« Adieu, Camille. Retourne à ton couvent. Et lorsqu’on te fera encore de ces récits hideux qui t’ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire: Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels; toutes les femmes sont perfides, vaniteuses, menteuses, curieuses et dépravées; et que le monde entier n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent en montagne de fange; mais il y a dans ce monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux…On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux, mais on aime. Et, quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit: J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice crée par mon orgueil et mon ennui. »

 

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[…]parce que moi, que ce soit en enfer ici ou de l’autre côté, c’était tout ce que je voulais emporter: des petits sourires déjà morts-nés et tirés à l’arrache comme celui là.

Le reste, franchement, ça pourra bien rester à la consigne.

Des vies en mieux, Anna Gavalda

-Chaque pensée me tirait un peu plus vers le fond. J’étais si fatiguée. J’ai fermé les yeux. Je rêvais qu’il arrivait. On entendait le bruit d’un moteur dans la cour, il s’asseyait près de moi, il m’embrassait et posait un doigt sur  ma bouche pour faire une surprise aux filles. Je peux encore sentir sa douceur dans mon cou, sa voix, sa chaleur, l’odeur de sa peau, tout est là.
Tout est là…
Il suffit d’y penser.

Au bout de combien de temps oublie-t-on l’odeur de celui qui vous a aimée? Et quand cesse-t-on d’aimer à son tour? Qu’on me tende un sablier.

 

« Parce que le piège, justement, c’est de croire qu’on est amarré. On prend des décisions, des crédits, des engagements et puis quelques risques aussi. On achète des maisons, on met des bébés dans des chambres toutes roses et on dort toutes les nuits enlacés. On s’émerveille de cette… Comment disait-on déjà? De cette complicité. Oui, c’était ça qu’on disait, quand on était heureux. Ou quand on l’était moins…

Le piège, c’est de penser qu’on a le droit d’être heureux.
Nigauds que nous sommes. Assez naïfs pour croire une seconde que nous maîtrisons le cours de nos vies.
Le cours de nos vies nous échappe, mais ce n’est pas grave; Il n’a pas grand intérêt…
L’idéal, ce serait de le savoir plus tôt.
« Plus tôt » quand,
Plus tôt.
Avant de repeindre des chambres en rose, par exemple…»

Je l’aimais, Anna Gavalda